Réchauffement climatique : quand les inégalités socio-économiques détruisent notre planète
Les jets privés, les yachts ou encore les voyages dans l’espace font désormais partie de l’imaginaire associé aux grandes fortunes. Entre fascination et controverses, ces pratiques ne laissent pas indifférent. Ces images ne constituent toutefois qu’une expression très visible d’inégalités de richesse plus larges, qui influencent en profondeur le réchauffement climatique. De nombreux travaux convergent vers un même constat : à mesure que le niveau de vie augmente, les modes de consommation tendent aussi à accroître l’empreinte environnementale.
C’est le constat du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WIL), un institut de recherche établi au sein de l’École d’économie de Paris. Copiloté par les économistes Thomas Piketty, Lucas Chancel, Ricardo Gomez-Carrera et Rowaida Moshrif, la structure offre un panorama des inégalités dans le monde. Publié le 10 décembre 2025, le rapport du WIL repose sur une méta-analyse de plus de 200 travaux de recherche.
Les 10 % les plus riches représentent 77 % des émissions de CO2
Le rapport, long de plus de 200 pages, adopte un regard nouveau : les économistes ne se sont pas arrêtés au calcul des émissions liées à la consommation. Ils ont également travaillé autour de l’impact des investissements et du patrimoine sur notre planète. Selon cette approche élargie, les 10 % les plus riches concentrent 77 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre qui tombe à 47 % lorsqu’on ne considère que les émissions liées à la consommation. D’après le rapport, « la concentration extrême des émissions basées sur la propriété privée découle à la fois du montant de la richesse détenue et des choix d’investissement faits. »
Certes, les plus riches consomment davantage, mais ils investissent aussi massivement dans les énergies fossiles et dans les industries polluantes : « les personnes fortunées détiennent non seulement des portefeuilles d’actifs plus importants, mais les allouent également de manière disproportionnée à des secteurs à forte teneur en carbone. » Dans cette optique, un individu qui détient des parts à hauteur de 50 % d’une entreprise se voit attribuer 50 % de ses émissions de CO2.
En concentrant une part significative des émissions, les ménages les plus fortunés contribuent à accentuer les déséquilibres qui structurent aujourd’hui le réchauffement climatique. Dans un rapport publié le 9 janvier, Oxfam pointe le poids des super-riches dans la crise climatique. L’ONG estime que leurs émissions ont suffi à dépasser, en dix jours, leur budget carbone annuel compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C.
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Pour ce qui est des conséquences, la tendance s’inverse
Au même titre que le jour du dépassement, cette journée des pollutocrates ("Pollutocrat Day") sert d’indicateur pour sensibiliser au dérèglement climatique. Mais pendant que les plus dotés sont responsables de la majorité des émissions, les plus précaires subissent davantage les conséquences de la crise environnementale. Selon une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 900 millions de personnes dans le monde subissent un "double fardeau" en 2025 : celui de voir leur exposition aux aléas climatiques s’accroître du fait de leur pauvreté.
"Personne n’est épargné par les impacts de plus en plus forts et fréquents du changement climatique (…), mais les plus pauvres d’entre nous sont le plus durement touchés", explique Haoliang Xu, administrateur par intérim du PNUD. La tendance est similaire en France avec une exposition accrue des populations précaires à des substances dangereuses. C’est notamment le sujet qu’aborde la sociologue Monique Pinçon-Charlot dans son dernier livre « Les riches contre la planète ».
"Les pesticides sont emblématiques de la violence oligarchique parce que leur usage se fait toujours au détriment des plus pauvres", affirme-t-elle à nos confrères de GEO. Une analyse qui résonne d’autant plus que l’Union européenne a récemment renouvelé plusieurs pesticides controversés, dans le cadre du paquet législatif Omnibus.
Source: www.linfodurable.fr
