Le 9 mars 2026, un projet énergétique a refait surface dans l’est du bassin parisien, la possible remise en activité de deux puits de pétrole situés à Saint-Just-Sauvage, dans la Marne, et à proximité de Romilly-sur-Seine, dans l’Aube. Ces installations, héritées des premières exploitations pétrolières locales des années 1980, pourraient être relancées dès 2027, selon les procédures administratives engagées auprès de l’État. Dans un contexte de tensions internationales sur l’énergie, cette initiative illustre le paradoxe français : préparer la sortie des hydrocarbures tout en exploitant les ressources déjà identifiées.
Table des matières
Des puits de pétrole anciens qui pourraient reprendre du service
Les deux puits de pétrole concernés ne sont pas de nouvelles installations. Il s’agit en réalité d’anciens sites de forage exploités dans les années 1980 puis progressivement abandonnés. Le projet prévoit leur remise en état et la reprise de l’extraction sur des infrastructures existantes, sans développement de nouvelles plateformes. Selon l’Autorité environnementale, citée par le média Vert, «les puits ont été abandonnés et cimentés» à la fin de leur exploitation, mais les études techniques menées par la société exploitante montrent que les volumes encore présents permettraient un redémarrage de la production. La société à l’origine de cette initiative, la Société pétrolière de production et d’exploitation (SPPE), a engagé les premières démarches administratives dès l’été 2023. L’entreprise dispose déjà d’une vingtaine de concessions dans le bassin parisien.
Son objectif consiste à relancer l’activité sur deux gisements situés dans la zone de Saint-Éloi et de Saint-Just-Sauvage, une région où l’industrie pétrolière avait connu un certain dynamisme dans les décennies précédentes. Le projet de concession couvre un périmètre de 105,7 kilomètres carrés, réparti entre 17 communes situées dans les départements de la Marne et de l’Aube, selon l’avis officiel de l’Autorité environnementale publié le 12 février 2026. Cette surface inclut les sites de production et les installations nécessaires au traitement du pétrole brut. Pour les responsables locaux, cette perspective n’a rien d’une surprise. Le maire de Saint-Just-Sauvage, Bruno Martin, a rappelé que l’initiative s’inscrivait dans la continuité d’un projet ancien. «C’est un vieux projet, c’est la reconduction d’une autorisation de pompage. On arrivait à expiration du délai pour extraire», a-t-il déclaré dans les colonnes du quotidien Le Parisien le 9 mars 2026.
Une production limitée mais stratégique dans un contexte de tensions énergétiques
D’après les estimations présentées dans le dossier technique examiné par l’Autorité environnementale, les deux puits de pétrole pourraient produire au total 74 000 tonnes de pétrole brut sur la durée de la concession. Cette production resterait modeste à l’échelle mondiale, mais elle pourrait contribuer à l’activité pétrolière résiduelle du bassin parisien. Historiquement, ces gisements avaient été découverts au début des années 1980. Le gisement de Saint-Just-Sauvage avait produit 20 826 tonnes de pétrole brut entre 1983 et 1987, tandis que celui de Saint-Éloi avait généré 16 674 tonnes entre 1985 et 1993, selon l’étude environnementale publiée par l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable le 12 février 2026. Ces volumes modestes illustrent la nature particulière de la production pétrolière française. Le pays ne dispose que de ressources limitées, mais plusieurs dizaines de puits de pétrole restent encore exploités, principalement dans le bassin parisien et dans le sud-ouest.
Le ministère de la Transition écologique indique d’ailleurs qu’une quarantaine de puits sont toujours en activité sur le territoire. La reprise de ces deux installations s’inscrit donc dans une stratégie d’exploitation des ressources existantes, plutôt que dans une politique d’expansion pétrolière. D’autant que la législation française encadre strictement ce secteur depuis l’adoption de la loi du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures. Concrètement, cette loi interdit toute nouvelle exploration mais permet la poursuite de concessions déjà accordées jusqu’à leur échéance. Dans ce cas précis, la concession envisagée ne pourrait courir que jusqu’au 31 décembre 2039, date maximale fixée par la législation pour la fin de l’exploitation d’hydrocarbures en France.
Des puits de pétrole sous surveillance environnementale
La relance de ces puits de pétrole reste toutefois soumise à une série d’évaluations environnementales. L’avis rendu le 12 février 2026 par l’Autorité environnementale constitue une étape importante de la procédure administrative. Cet avis examine notamment les risques pour les sols, les nappes phréatiques, la biodiversité et la qualité de l’air. Dans son analyse, l’organisme estime que le projet ne devrait pas provoquer d’impact majeur sur l’environnement local. L’Autorité environnementale considère ainsi que « les opérations prévues […] ne présentent pas de risque majeur pour l’environnement », notamment en raison de l’absence de nouveaux forages et du recours à des installations déjà existantes, peut-on lire dans le document officiel de l'Autorité environnementale. Les experts soulignent également que l’exploitation ne devrait pas dégrader les ressources en eau. Toujours selon l’Autorité environnementale, «l’exploitation de la concession n’aura pas d’effet néfaste sur la qualité et la quantité des eaux souterraines et superficielles », indique la même source. Cependant, l’activité ne serait pas neutre pour le climat.
Les estimations avancées par l’entreprise exploitante prévoient 244 000 tonnes de CO₂ équivalent émises sur l’ensemble de la durée d’exploitation des deux puits de pétrole, selon les données citées par Le Journal des Entreprises le 4 mars 2026. Les autorités demandent donc des compléments d’analyse, notamment concernant la gestion des émissions de gaz et le suivi des impacts environnementaux. L’Autorité environnementale recommande par exemple d’améliorer l’évaluation des émissions de gaz liées au dégazage du pétrole et de préciser les dispositifs de surveillance environnementale sur toute la durée de la concession. Pour l’heure, la procédure administrative se poursuit. L’avis de l’Autorité environnementale reste consultatif, mais il constitue un jalon essentiel avant toute décision finale de l’État. Si le projet obtient l’ensemble des autorisations nécessaires, les travaux de remise en état des installations pourraient durer environ six mois, suivis d’une phase similaire de tests et d’études. La mise en production des deux puits de pétrole pourrait alors intervenir fin 2027 ou début 2028, selon les projections évoquées dans le dossier technique examiné par les autorités.
Cet article Marne et Aube : deux puits de pétrole pourraient rouvrir en 2027 est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
