Le projet de loi simplification a récemment franchi une étape décisive au Parlement français en intégrant la suppression des zones à faibles émissions (ZFE). Ce dispositif, conçu pour réduire la pollution atmosphérique en limitant la circulation des véhicules dits « polluants », est aujourd’hui remis en cause. Son abandon potentiel relance un débat environnemental crucial : celui de l’efficacité réelle des ZFE sur la qualité de l’air et, partant, sur la santé des populations exposées.
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ZFE : de la création à la perspective de suppression
Les zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) sont des périmètres urbains où la circulation des véhicules les plus anciens et les plus polluants est progressivement restreinte. Elles ont été déployées dans plusieurs grandes agglomérations européennes pour répondre aux dépassements persistants des normes de qualité de l’air, notamment en dioxyde d’azote (NO₂) et en particules fines (PM10 et PM2,5). En France, ces zones s’appuient sur le système de classification Crit’Air, classant les véhicules selon leurs émissions. Les collectivités ont l’obligation d’instaurer des ZFE dans les métropoles dépassant régulièrement les seuils réglementaires, afin de protéger la santé publique contre les maladies respiratoires et cardiovasculaires associées à la pollution atmosphérique.
Pourtant, dans le texte du projet de loi simplification, les parlementaires ont voté l’abandon de ces zones. Cette suppression autoriserait la circulation de près de 2,7 millions de véhicules supplémentaires dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Montpellier.
L’impact réel des ZFE sur la qualité de l’air : que disent les études
À l’échelle européenne, plusieurs études ont mesuré l’effet des zones à faibles émissions sur différents polluants. Les résultats montrent généralement des réductions significatives de dioxyde d’azote (NO₂) et de particules plus grossières (PM10) dans les périmètres concernés. Par exemple, les recherches compilées indiquent que certaines ZFE ont permis des réductions de jusqu’à 26 % de NO₂ et 26 % de PM10 dans certains cas européens, notamment à Madrid.
Cependant, lorsqu’on s’intéresse aux micro-particules (PM2,5),les résultats sont souvent moins convaincants ou non significatifs. Une étude récente basée sur des modèles de prédiction à Madrid n’a pas observé d’amélioration claire des concentrations de PM2,5 après la mise en œuvre de la ZFE, certains mois montrant même des niveaux plus élevés que lors des périodes précédentes.
Une autre analyse menée à Birmingham, en Angleterre, souligne que si les niveaux de dioxyde d’azote ont diminué, il n’a pas été possible de détecter d’impact significatif des zones sur les concentrations de PM2,5, qui restent le polluant le plus nocif pour la santé humaine en raison de leur capacité à pénétrer profondément dans les poumons et le système circulatoire.
Pourquoi les effets sur les PM2,5 sont limités
Plusieurs facteurs expliquent cette absence d’effet clair sur les micro-particules :
Origines multiples des PM2,5 : contrairement au NO₂ qui est majoritairement lié aux émissions du trafic routier, les PM2,5 proviennent de sources variées — combustion résidentielle, industrie, agriculture, poussières secondaires dans l’atmosphère — ce qui dilue l’effet direct d’une réduction du trafic.
Effets météorologiques : les concentrations de particules fines sont influencées par des phénomènes comme le vent, les inversions thermiques ou même les intrusions de poussières lointaines (par exemple du Sahara), rendant plus difficile l’attribution d’effets uniquement aux ZFE.
Renouvellement naturel du parc : le renouvellement progressif des véhicules vers des motorisations plus récentes, sans l’action des ZFE, contribue déjà à réduire les émissions de polluants, ce qui complique l’identification d’un effet propre à la zone elle-même.
Enjeux sanitaires et perspective des politiques publiques
Les micro-particules (PM2,5) sont considérées comme l’un des principaux facteurs de mortalité liée à la pollution de l’air. En France, Santé publique France estimait que près de 40 000 décès prématurés par an pouvaient être attribuables à l’exposition aux particules fines, soulignant l’importance d’agir sur toutes les sources de pollution.
À la lumière des résultats scientifiques, la suppression des ZFE pourrait donc réduire les contraintes administratives, mais elle pose la question de l’efficacité des politiques urbaines face aux enjeux sanitaires majeurs. Si l’impact sur certains polluants tels que le NO₂ est avéré, l’effet limité sur les PM2,5 invite à repenser les outils de lutte contre la pollution, en combinant réglementation du trafic, transition énergétique, amélioration des transports collectifs et réduction des autres sources de particules fines.
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Source: www.greenetvert.fr
