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Une infrastructure numérique déjà énergivore, et en pleine expansion
En 2024, la France comptait 352 centres de données numériques répartis sur son territoire, selon le recensement opéré par l’ADEME.Ces installations, essentielles au fonctionnement de l’économie numérique, consomment à elles seules environ 10 térawattheures (TWh) d’électricité chaque année. Cela équivaut à la consommation de neuf à dix agglomérations de 100 000 habitants, un chiffre qui représente déjà près de 2 % de la consommation électrique nationale.
À cela s’ajoute un impact hydrique non des moindres. Les systèmes de refroidissement des serveurs nécessitent d’importantes quantités d’eau, en particulier pour les centres fonctionnant en climats chauds ou en zones urbaines denses. Cette double pression sur les ressources, électrique et hydrique, fait des data centers des installations particulièrement sensibles dans un contexte de transition écologique. Mais la tendance ne fait que s’intensifier. L’agence souligne dans son rapport que « l’explosion des usages numériques, portée principalement par le développement de l’intelligence artificielle, entraîne une augmentation rapide des besoins en capacités de calcul et de stockage ».
Une multiplication par quatre d’ici 2035 : les projections de l’ADEME
L’étude dévoilée par l’agence explore cinq scénarios d’évolution des usages numériques et de la consommation associée des centres de données. Dans le scénario tendanciel, qui prolonge les dynamiques actuelles sans régulation ni sobriété particulière, l’ADEME prévoit que « la consommation électrique des centres de données induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici à 2035 ». Le constat s’aggrave si l’on prend en compte les flux de données traités à l’étranger pour le compte d’utilisateurs français. Dans ce cas, l’agence parle d’une « multiplication par 4,4 » de la consommation globale liée aux usages numériques français.
Cette projection repose sur la forte croissance de services comme le streaming vidéo, les jeux en ligne, le commerce numérique, mais surtout l’intelligence artificielle. Les centres de calcul entraînant des modèles d’IA, notamment les modèles génératifs, mobilisent des puissances électriques considérables. « Des demandes à hauteur de 100 à 200 mégawatts sont désormais fréquentes pour les nouveaux projets de data centers », précise le rapport. En d’autres termes, un seul centre de données de nouvelle génération peut consommer autant qu’une ville moyenne, ce qui pose de sérieux défis de gestion énergétique à l’échelle nationale.
La question clé de la souveraineté numérique
Au-delà de la seule consommation, l’ADEME pointe une problématique majeure : celle de la dépendance technologique. Une part significative des données utilisées par les Français est traitée en dehors des frontières, principalement aux États-Unis. « Cette étude a considéré … les enjeux de souveraineté numérique et distingue les consommations en France des consommations à l’étranger pour un usage français. », indique le rapport. Cela soulève la question de la souveraineté numérique, notamment dans les régions stratégiques comme Marseille, où se concentrent plusieurs hubs de télécommunications internationaux. L’implantation de nouveaux centres de données dans la région y suscite de plus en plus de débats, entre promesses économiques et pressions environnementales.
Par ailleurs, cette externalisation de la consommation crée un biais statistique : les émissions de gaz à effet de serre associées ne sont pas nécessairement imputées à la France, bien qu’elles soient induites par des usages nationaux. L’ADEME insiste donc sur la nécessité de tenir compte de la consommation importée dans les bilans énergétiques.
Des scénarios alternatifs : sobriété numérique et efficacité
L’agence ne se contente pas de constater : elle propose également des alternatives. Dans un scénario baptisé “Génération frugale”,les auteurs du rapport imaginent une France numérique plus sobre, combinant régulation, sensibilisation, mutualisation des infrastructures et priorisation des usages. Cette trajectoire permettrait non seulement de limiter l’augmentation de la consommation énergétique des centres de données, mais aussi d’optimiser l’usage des infrastructures existantes. Des solutions techniques sont également évoquées : amélioration des rendements énergétiques, récupération de chaleur, recours aux énergies renouvelables et implantation dans des zones plus adaptées sur le plan climatique.
La réduction des usages non essentiels, l’éco‑conception logicielle et la rationalisation du stockage sont des leviers incontournables pour réduire l’impact environnemental des infrastructures numériques , résume l’ADEME dans ses recommandations. Ces perspectives restent cependant tributaires de volontés politiques fortes et de l’engagement des acteurs du numérique, aujourd’hui encore peu contraints à réduire leur empreinte énergétique.
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Source: www.greenetvert.fr
