L’agriculture bio autorise-t-elle l’utilisation des pesticides ?
L'agriculture biologique peine à se développer en France : la consommation est en pleine relance, mais la production stagne. Les contraintes de marché et l’arbitrage politique impactent directement la présence de pesticides dans l’assiette des Français. Dans un contexte de tensions autour des lois Duplomb, les substances chimiques comme l'acétamipride sont au cœur des débats. Décriés pour leurs conséquences sur l’environnement et la santé, les pesticides ont de quoi faire peur.
S’ils sont omniprésents dans la production agricole, ils ne le sont pas systématiquement en bio, qui offre une alternative plus respectueuse de notre corps et des écosystèmes. Le secteur reste néanmoins marginal : environ 10 % des surfaces agricoles françaises sont exploitées en bio, selon l’Agence Bio. Mais lorsqu’une pomme est bio, cela signifie-t-il qu’elle n’a pas été exposée aux pesticides ?
Des pesticides dans le bio en cas de menace
Tout d'abord, qu’est-ce qu'un pesticide ? C’est une substance chimique dont le suffixe "cide" signifie qu'elle a pour fonction de tuer des êtres vivants. Insecticides, herbicides, fongicides… Ils peuvent être de synthèse ou d'origine naturelle. Dans le second cas, ces produits persistent moins durablement dans les milieux et se dégradent sous l’effet du soleil ou de la pluie. L’agriculture biologique utilise alors des pesticides, mais uniquement d’origine naturelle.
L'Agence Bio précise qu’ils ne sont pas privilégiés et que l’agrobiologie préfère le recours à des semences spécifiques, au paillage ou encore à la rotation des cultures. En cas de menace avérée, les agriculteurs bio se tournent alors vers des pesticides d’origine naturelle. Ceux-ci sont peu nombreux à être autorisés et sont soumis à une réglementation stricte. Selon un rapport publié en 2023 par Générations Futures, 33 substances entrent dans le cadre de l’agriculture biologique, contre 231 en agriculture conventionnelle.
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Des substances néfastes, mais moins nombreuses que dans le conventionnel
Alors, les pesticides d'origine naturelle sont-ils dangereux ? L'association relève 17 substances biologiques classées dangereuses, dont neuf le sont pour les milieux aquatiques. Le spinosad, très efficace pour tuer les chenilles, est également un « redoutable tueur d’abeilles » selon des chercheurs suisses d’Agroscope. Dans une étude publiée en 2021, ils mettent en lumière la dangerosité de ce bio-insecticide. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) suspecte également la substance d’être un perturbateur endocrinien.
Si certaines substances appliquées en agriculture bio sont néfastes, cela reste une option moins nocive que l'agriculture conventionnelle. Comme le rappelle l'association Générations Futures, "nier le fait que les pesticides bio sont dans leur très grande majorité moins toxiques que ceux du conventionnel relève dela mauvaise foi. » Le bio n’est donc pas exempt de pesticides, mais il en limite l’usage et privilégie des alternatives plus saines. Un compromis jugé imparfait, mais qui rompt avec l’agriculture intensive.
Source: www.linfodurable.fr
