Table des matières
L’empilement de normes et de taxes a plombé l’industrie française
Il y a une forme d’ironie tragique dans la situation actuelle. Pendant des années, une partie de la classe politique et de la société civile a milité avec ardeur pour la décroissance, pour la fin de la société de consommation, pour la réduction drastique de la production industrielle. On a exigé des normes environnementales toujours plus strictes, sans se soucier de leur impact sur la compétitivité. On a imposé des obligations de reporting RSE de plus en plus lourdes et chronophages.On a taxé le carbone, interdit certains matériaux, réglementé chaque aspect de la production avec un zèle qui confine parfois à l'acharnement.
Et aujourd'hui, quand SEB, fleuron industriel français, annonce un plan de restructuration de 200 millions d'euros pour sauver sa rentabilité, ces mêmes voix s'étonneront que des emplois soient menacés. On les entendra s'indigner dans les médias, défiler dans les rues, exiger que l'État intervienne. Comme si les deux phénomènes n’étaient pas intimement liés. Comme si l’on pouvait indéfiniment alourdir les contraintes pesant sur l’industrie sans que cela entraîne des conséquences directes, concrètes, humaines sur l’emploi et la compétitivité.
Le groupe SEB victime de l’environnement réglementaire européen
Les chiffres sont sans appel et ne laissent aucune place au déni. Un résultat opérationnel en baisse de 25 % en un an. Une marge opérationnelle qui se contracte dangereusement. Et un groupe contraint de tailler profondément dans ses structures pour simplement retrouver un niveau de rentabilité normal. Ce n'est pas la faute de la direction de SEB, qui gère remarquablement bien l'entreprise. Ce n'est pas la faute des salariés, dont le savoir-faire est reconnu mondialement.C'est la faute d'un environnement réglementaire qui a rendu la production industrielle en Europe de plus en plus coûteuse et de plus en plus compliquée, année après année.
La transition écologique est nécessaire. Personne ne le conteste sérieusement. Le dérèglement climatique est une réalité qui exige des réponses ambitieuses. Mais la manière dont cette transition est menée en Europe, et singulièrement en France, est catastrophique pour l'industrie. On impose des normes draconiennes à nos entreprises pendant que leurs concurrents chinois, indiens, turcs ou vietnamiens produisent sans aucune de ces contraintes. Le résultat n'est pas une planète plus propre. C’est une désindustrialisation européenne massive au profit de pays qui polluent considérablement plus que nous.
Émissions carbone : on ne résout pas le problème en le déplaçant
C'est ce que les économistes appellent les fuites de carbone. Un phénomène parfaitement documenté mais superbement ignoré par les décideurs politiques. En fermant nos usines ou en les rendant non compétitives par l'empilement de normes, on ne réduit pas les émissions mondiales de CO2. On les déplace. On les exporte vers des pays dont les standards environnementaux sont infiniment moins exigeants que les nôtres. Et en prime, on ajoute les émissions considérables liées au transport de marchandises produites à l’autre bout du monde et acheminées par porte-conteneurs géants qui brûlent du fioul lourd à travers les océans.
Le groupe dont nous parlons aujourd'hui est justement un modèle en matière de responsabilité environnementale. Il investit massivement dans l'écoconception de ses produits. Il réduit année après année l'empreinte carbone de ses usines. Il travaille sur la durabilité et la réparabilité de ses appareils, allant souvent bien au-delà des exigences réglementaires. Mais tout cela a un coût. Un coût significatif que ses concurrents, eux, n'ont pas à supporter. Et quand, en plus, des droits de douane punitifs et des fluctuations monétaires défavorables viennent aggraver la situation, la rentabilité s’effondre mécaniquement.
Réconcilier industrie et écologie
Les écologistes devraient méditer longuement sur les conséquences concrètes de leurs combats. La décroissance n'est pas un concept philosophique qu'on débat dans les amphithéâtres universitaires. C'est une réalité économique brutale qui se traduit par des plans sociaux, des fermetures d'usines et des destructions massives d'emplois. Ce plan de 200 millions d'euros d'économies lancé par SEB, ce sont potentiellement des centaines de postes supprimés. Des familles entières impactées. Des territoires durablement fragilisés. Des vies bouleversées.
Il est urgent de réconcilier écologie et industrie, au lieu de les opposer systématiquement. De comprendre que la meilleure manière de protéger l'environnement n'est pas de détruire notre tissu productif, mais de lui donner les moyens de produire proprement et efficacement sur notre sol. Cela passe par des normes intelligentes, proportionnées, réalistes, et surtout appliquées de manière équitable à l'échelle mondiale. Pas par une surenchère réglementaire unilatérale qui ne fait que déplacer le problème d'un continent à l'autre tout en détruisant nos emplois et nos savoir-faire.
Cet article La victoire de l’écologie punitive : emplois menacés, usines sous tension est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
