Fabriquer des jeux de société en France, un choix coûteux mais pas irrationnel
C'est l'ambition de l'usine "Game in France", inédite par sa taille, qui entrera en pleine production en mai à Houdemont, près de Nancy. Elle est présentée aux éditeurs lors du Festival international de jeux de société de Cannes, qui ouvre vendredi.
A terme, ses promoteurs souhaitent y fabriquer les cartes, boîtes et autres composants en carton des jeux, et renverser un marché « qui produità80 % en Asie et pour le reste principalement en Pologne », explique à l’AFP Christian Molinari chez Abeilles, un des éditeurs qui ont financé ce projet à 5,5 millions d’euros. « Aujourd’hui, pour fabriquer un jeu en France, il faut faire appel à quatre usines différentes, avec des tarifs 20 à 25 % plus chers que la Pologne », elle-même « 30-40 % plus chère que la Chine », selon Christian Molinari.
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Sortir de la débrouille
"Pas mal de gens qui font leur premier jeu rêvent de le faire en France, mais oublient l'idée quand arrivent les devis", rapporte le consultant Benoît Stella. "Game in France" vise à produire certains jeux de A à Z au même endroit, avec des prix seulement 5 à 10 % plus élevés qu’en Pologne. Sans toutefois s’aligner sur la Chine: « on ne sera jamais compétitifs vu le coût de leur main-d’oeuvre », reconnaît Christian Molinari. « Si on arrive à relocaliser 20 % des jeux en France, ce sera déjà une belle réussite. »
Pour l'heure, fabriquer des jeuxen France demande de la débrouille. « Nos boîtes proviennent d’un cartonnier qui fait habituellement des boîtes de Kellogg’s. Nos cartes sont imprimées chez un imprimeur de brochures locales », raconte Alexandre Weiss de Yeast Games. Cet éditeur landais s’impose de produire localement, sans plastique, par conviction écologique. Un choix forcément limitant: « les marges sont très basses, et si les boutiques prennent 50 % du prix de vente et le distributeur 30 %, ce n’est pas faisable », reconnaît Alexandre Weiss, qui commercialise lui-même ses jeux.
L'atout réactivité
A l'inverse, "ce n'est pas pour des questions éthiques que j'ai fait fabriquer en France +Camarades+", un phénomène commercial de 2025, reconnaît Simon Murat, éditeur et gérant de la boutique Le Passe-Temps à Toulouse. Les motivations sont plus pragmatiques: "avec un assemblage en France, j’ai un modèle ultra-réactif. Si on me commande 500 jeux dans la nuit, on peut graver 500 dés et envoyer les jeux dans la foulée », explique Simon Murat.
Ce qui permet une gestion des stocks en flux tendu, incompatible avec une production chinoise et ses six mois de délai de livraison. Cette capacité à s’adapter rapidement aux commandes est vitale dans le secteur, où il est difficile de présager du succès d’un jeu avant sa commercialisation. « Si je minimise les risques avec un tirage faible et que le jeu se révèle être un succès, le temps que je le fabrique, la hype aurait passé », rapporte Simon Murat.
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Un argument de vente ?
Un point important car le secteur du jeu de société est en ébullition depuis le Covid, avec de nombreuses sorties et des phénomènes de mode toujours plus passagers. Mais ce confort a un coût: vendu quelque 14 euros, le jeu Camarades coûte environ 3,5 euros avec son assemblage français, « contre probablement autour de 1,50 euro si je l’avais fait en Chine », estime Simon Murat. Le "made in France" peut-il devenir un argument pour les consommateurs ? Simon Murat n’y croit pas: « les gens s’en contrefichent, au contraire, cela peut même renvoyer une image de mauvaise qualité par rapport à la production chinoise », devenue un standard de qualité.
Il en veut pour preuve le jeu de cartes à succès Trio, dont les premières éditions fabriquées en France avaient été boudées dans sa boutique toulousaine à cause de cartes mal imprimées. L'usine "Game in France" ne permettra pas de fabriquer des composants plus élaborés en bois ou en plastique pour les jeux plus haut de gamme, mais d'imprimer des cartes "avec un haut niveau de qualité", assure sa direction, qui compte sur une production standardisée et à haut volume pour se rapprocher des prix polonais.
Avec AFP.
Source: www.linfodurable.fr
