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Croissance du charbon malgré la transition énergétique
Le charbon, loin d’être en déclin rapide, continue de peser lourdement dans le mix. Au premier semestre 2025,la Chine a mis en service 21 gigawatts (GW) de nouvelles capacités électriques issues du charbon, un niveau inégalé depuis 2016. À ces ajouts s’ajoutent 46 GW de projets charbonniers démarrés ou relancés, soit l’équivalent de l’ensemble de la capacité charbonnière de la Corée du Sud. En outre, 75 GW de nouveaux projets ont été annoncés au cours de la même période.
Cette accélération trouve son origine dans une vague de permis délivrés en 2022-2023, au moment où des pannes d’électricité avaient fragilisé le réseau national. « L’explosion des mises en service de 2025 reflète une réponse différée à la vague de délivrance de permis de 2022-2023. », expliquent les auteurs d’un rapport du CREA. Pour les analystes, cette trajectoire prolonge une inertie structurelle. Christine Shearer, experte du Global Energy Monitor, souligne dans le Journal de Montréal, que « le développement de l’énergie issue du charbon en Chine… ne montre aucun signe de ralentissement, ce qui maintient les émissions à un niveau élevé et condamne le charbon à rester dans le système pendant de nombreuses années ». Cette persistance rappelle que le charbon représente encore environ la moitié de la production d’électricité, contre trois quarts en 2016.
Renouvelables : explosion des capacités et effets sur les émissions
En parallèle de cette croissance charbonnière, la Chine poursuit une expansion sans précédent des renouvelables. Entre janvier et juin 2025, le pays a installé 212 GW de capacités solaires et 51 GW d’éolien. Ces volumes dépassent à eux seuls la capacité solaire totale des États-Unis fin 2024. Le gouvernement a par ailleurs lancé la construction d’une ferme solaire de 610 kilomètres carrés sur le plateau tibétain, un projet destiné à devenir l’un des plus vastes au monde.
Cet essor modifie déjà la dynamique des émissions.Les émissions de CO₂ de la Chine ont diminué de 1 % au premier semestre 2025 par rapport à 2024. Plus précisément, les émissions du secteur électrique ont chuté de 3 %, accompagnées d’une baisse de 3 % de la consommation de charbon, tandis que l’usage de gaz progressait de 6 %. Pour de nombreux experts, ces chiffres traduisent un premier infléchissement structurel, même si l’ampleur de la baisse reste modeste au regard de l’objectif de neutralité carbone fixé pour 2060. Le basculement est néanmoins historique. Pour la première fois, la capacité combinée du solaire et de l’éolien a dépassé celle des centrales thermiques fin mars 2025, selon l’Administration nationale de l’énergie. Cette étape symbolique atteste de la montée en puissance des renouvelables, capables de rivaliser désormais avec les sources fossiles.
Tension entre inertie charbonnière et élan renouvelable
Cette dualité crée une tension au cœur du système énergétique chinois. D’un côté, les autorités privilégient la sécurité d’approvisionnement, un impératif réaffirmé après les coupures de 2021 et 2022. De l’autre, elles affichent une volonté de réduire l’empreinte carbone et de consolider leur leadership mondial sur les technologies vertes. Cependant, l’intégration des nouvelles capacités solaires et éoliennes rencontre des limites. Les infrastructures de transport d’énergie peinent à absorber la production dans certaines provinces de l’ouest, ce qui entraîne un phénomène de « curtailment », soit une perte d’électricité faute de réseau adapté. Cette contrainte, signalée par plusieurs analyses, illustre les défis techniques d’une transition rapide.
À long terme, le dilemme reste entier. Comme le souligne Lauri Myllyvirta, analyste en chef au CREA, dans Connaissances des Energies : «un nombre considérable de projets charbonniers déjà autorisés restent en attente ». Le maintien d’un rythme élevé de construction de centrales à charbon signifie que même si la part relative de ces unités diminue, leur présence se prolongera sur plusieurs décennies. Ainsi, la Chine apparaît à la fois comme moteur et frein de la transition mondiale : moteur par l’ampleur de ses investissements dans le solaire et l’éolien, frein par la persistance d’un parc charbonnier encore en pleine expansion. Cette contradiction reflète la complexité d’une trajectoire où l’énergie demeure le socle du développement économique et un instrument central de souveraineté.
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Source: www.greenetvert.fr