Les inondations hivernales observées dans plusieurs régions françaises contrastent avec la sécheresse de l’été 2025. Cette alternance brutale interroge la gestion de l’eau et ravive une interrogation centrale pour l’agriculture : faut-il conserver l’eau excédentaire de l’hiver afin d’éviter les restrictions estivales ? Derrière cette problématique environnementale se jouent des équilibres économiques majeurs.
Table des matières
Eau hivernale : abondance trompeuse pour l’agriculture ?
Les précipitations abondantes enregistrées en janvier et février 2026 ont saturé les sols et gonflé les cours d’eau. Pourtant, cette eau, bien que visible et parfois destructrice, n’est pas automatiquement disponible pour l’agriculture plusieurs mois plus tard. En effet, une grande partie de l’eau de pluie s’infiltre, rejoint les nappes ou s’écoule vers la mer.
Prélever l’eau hivernale n’est pas neutre. De surcroît, les défenseurs du stockage rappellent que l’agriculture dépend fortement de l’eau en période estivale, lorsque les cultures sont en pleine croissance. L’irrigation représente une part significative des prélèvements d’eau douce durant l’été, notamment dans les régions céréalières et maraîchères. Cependant, cette dépendance varie selon les territoires et les types de production. Ainsi, l’agriculture de plaine irriguée ne présente pas les mêmes besoins que l’élevage extensif ou les cultures sous climat océanique.
Stocker l’eau : réponse économique ou tension environnementale ?
Pour les organisations agricoles, le stockage de l’eau en période hivernale représente un outil d’adaptation face à l’intensification des aléas climatiques.Les retenues dites « réserves de substitution » sont conçues pour être remplies lorsque les ressources sont abondantes, principalement en hiver, puis utilisées durant l’été afin d’éviter des prélèvements directs dans les cours d’eau en période d’étiage. Le principe, tel que défini par le ministère de l’Agriculture, repose sur une substitution des volumes prélevés en saison sèche par des volumes stockés en saison humide, dans un cadre réglementé.
Néanmoins, les associations environnementales contestent cette approche. Elles estiment que le stockage de l’eau modifie les équilibres naturels et peut fragiliser les écosystèmes aquatiques. Toutefois,stocker davantage ne réglera pas le problème de fond, qui est celui de l’adaptation des cultures au changement climatique. Ainsi, faut-il adapter l’offre en eau ou transformer les modèles agricoles ?
Gestion de l’eau : comment faire évoluer l’agriculture ?
Au-delà du débat technique, la question de l’eau renvoie à une mutation plus vaste de l’agriculture. Le changement climatique accentue les contrastes saisonniers : hivers plus humides, étés plus secs et plus chauds. Les épisodes de sécheresse estivale tendent à s’intensifier, tandis que les pluies hivernales deviennent plus concentrées. Cette évolution complexifie la gestion de l’eau et oblige à repenser les stratégies d’irrigation. Dès lors, certains experts plaident pour une approche combinée. D’une part, améliorer l’efficacité de l’irrigation afin de réduire la consommation d’eau, comme le recommande le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. D’autre part, diversifier les cultures pour limiter la dépendance à l’eau en été. En parallèle, des solutions fondées sur la nature, comme la restauration des zones humides, pourraient favoriser le stockage naturel de l’eau dans les sols. Toutefois, ces transformations impliquent des investissements conséquents et une adaptation progressive de l’agriculture.
Dans ce contexte, la question initiale demeure entière : toutes ces pluies hivernales ont-elles réellement servi à quelque chose pour l’agriculture ? L’eau tombée en abondance a certes rechargé certaines nappes et atténué les déficits accumulés lors des sécheresses passées. Cependant,sans infrastructures adaptées ou sans évolution des pratiques agricoles, une partie importante de cette eau restera inutilisée pour les cultures estivales. Ainsi, le débat sur le stockage de l’eau dépasse la simple opposition entre agriculteurs et écologistes. Il interroge le modèle économique de l’agriculture, la résilience des territoires et la gouvernance de l’eau. Entre impératif de production et préservation des milieux, la gestion de l’eau s’impose comme l’un des dossiers stratégiques des prochaines années.
Cet article Agriculture : le stockage de l’eau face aux sécheresses estivales est apparu en premier sur Green et Vert.
Source: www.greenetvert.fr
