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Une Stratégie pour l’alimentation publiée avec vingt mois de retard
Vendredi 28 novembre 2025 marque la publication officielle de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Ce document de référence, promis par la loi Climat et Résilience de 2021, aurait dû voir le jour en juillet 2023. Pourtant, ce n’est qu’après plus de vingt mois d’attente et de multiples blocages institutionnels que le gouvernement s’est enfin résolu à la rendre publique. La SNANC se veut un outil structurant, censé coordonner les politiques publiques en matière d’alimentation, de nutrition et de transition climatique.
Elle s’articule autour de quatre axes majeurs : garantir une gouvernance cohérente, faciliter l’accès universel à une alimentation saine, accompagner l’évolution des régimes alimentaires et soutenir la recherche. Selon le ministère de l’Agriculture, cette stratégie doit permettre de mettre en place «« une politique de l’alimentation durable, moins émettrice de gaz à effet de serre, respectueuse de la santé humaine, davantage protectrice de la biodiversité, favorisant la résilience des systèmes agricoles »». Mais au-delà des grandes intentions, de nombreuses voix dénoncent un texte trop général, voire timoré. En particulier sur la consommation de viande, dont la formulation finale évite soigneusement tout engagement chiffré.
Climat et consommation de viande : un équilibre sous haute tension
Le chapitre consacré aux régimes durables est le plus controversé. Alors que plusieurs acteurs institutionnels appelaient à une réduction explicite de la consommation de viande, le gouvernement a préféré opter pour une formulation plus floue : il s’agit désormais de promouvoir une « consommation équilibrée de viande ». Selon Le Monde, cette réécriture a été imposée par Matignon à l’automne 2025, bloquant pendant plusieurs semaines la publication du texte final. En septembre encore, un collectif réunissant 117 associations dénonçait cette ambiguïté : «Inscrire dans la SNANC une trajectoire claire de réduction de la consommation de viande n’est pas une option : c’est une nécessité ».
Les critiques pointent un recul manifeste. En effet, les premières versions du texte prévoyaient une diminution des apports carnés en cohérence avec les objectifs climatiques et les recommandations nutritionnelles. Mais sous pression politique, ces éléments ont disparu du document final.
Viande, climat et agriculture : des intérêts irréconciliables ?
Derrière ce choix s’esquisse un compromis politique difficile entre santé publique, impératifs environnementaux et équilibres agricoles. Le secteur de l’élevage, particulièrement exposé aux critiques pour ses émissions de gaz à effet de serre, redoute un message trop direct en faveur de la réduction de la consommation de viande. Or,selon les données du Réseau Action Climat, une réduction d’au moins 30 % de la consommation de produits d’origine animale d’ici 2050 serait nécessaire pour aligner le système alimentaire français avec les engagements climatiques de l’Accord de Paris.
La stratégie gouvernementale, en refusant d’imposer un cap chiffré, affaiblit ainsi ses propres ambitions climatiques. D’autant que l’un des objectifs annoncés, à savoir une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire en restauration collective d’ici 2025, reste très ambitieux compte tenu de l’échéance imminente. Cette prudence est néanmoins saluée par certains représentants du monde agricole. Pour eux, le terme « consommation équilibrée » permet de préserver une forme de souplesse tout en ouvrant la voie à des ajustements progressifs.
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Source: www.greenetvert.fr
